dimanche 21 janvier 2018

A propos de la Conférence Institutionnelle sur l'Electromobilité organisée par l'Avere-France le 10 janvier 2018.

Découvrir le contenu de la présentation du Pdt Beretta sur le site de l"AVERE
En introduction le président de l’AVERE Joseph Beretta retrace l’activité de l’association durant l’année écoulée (lien ci-dessus) puis cède la parole à sa secrétaire générale, Marie Castelli, qui propose, en compagnie des intervenants présentés ci-dessous, d’esquisser la feuille de route pour le développement de l’électromobilité aujourd’hui en France et ainsi répondre aux questions que se pose la filière ?
De gauche à droite : Marie Castelli Secrétaire générale de l'AVERE, Claire Depré Cheffe de l'Unité Sustainable & Intelligent Transport à la direction générale Transport and Mobility de la Commission européenne, Damien Pichereau, Député LREM de la Sarthe et secrétaire de la commission du développement durable et de l'aménagement du territoire de l'Assemblée Nationale, Alban Galland, chef du bureau Industrie automobile à le Direction générale des entreprises au Ministère de l'Economie et des Finances, Cédric Messier, Chef du bureau des voitures particulières à la Direction générale Energie et Climat au Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, Patrick Oliva , Pilote de l'atelier " Pour des mobilités plus propres" des Assises de la mobilité. 







Parmi les sujets évoqués lors de cette conférence nous avons retenu : 

Prime au VE, Décret Bonus / Malus :

Cédric Messier et Alban Gallan  rappellent que les aides (Bonus) sont financées par les taxes sur les véhicules émettant plus de 120gr de CO² (Malus) ont permis cette année le maintien de la prime VE à 6000 €.    Par contre nos prévisions de 100.000 Vélos électriques ont été largement dépassées :  262.000 acquisition dont 180.000  primes payées à ce jour, le solde sur 2018. Mais attention, contraints par un équilibre budgétaire on ne peut pas augmenter la taxe sur les véhicules neufs de façon infinie.

Damien Pichereau rappelle l’engagement présidentiel de la fin des véhicules thermiques pour 2040.
Pour les hybrides rechargeables plus besoin d’aide c’est parti ; il est à remarquer que si l’électrique est rentré dans le choix des consommateurs il ne peut être question de remplacer les 40 Millions de véhicules thermiques par 40 M de véhicules électriques. La transition énergétique doit s’accompagner de l’évolution des usages : covoiturage, autopartage, intermodalité.

Patrick Oliva a constaté lors des Assises de la mobilité que l’aide à l’acquisition de VE et le principe du bonus/malus ont rencontré une forte adhésion des participants et l’expression d’un besoin de lisibilité sur quelques années. Il propose que le bonus/malus soit évalué à partir d’une analyse complète des cycles de vie intégrant d’autres types de carburant – gaz, bio-carburant - à condition qu’ils offrent les mêmes bénéfices  après démonstration que le véhicule électrique.
Les apports des Assises alimenteront une loi cadre loi d’orientation  sur les mobilités.

Developpement des energies renouvelables, infrastructures de recharge ;

Cédric Messier et Alban Gallan évoquent les incidences de la loi de programmation pluriannuelle de l’énergie (P.P.E.) et la stratégie bas carbone (S.B.C.) qui constitue le cadre d’élaboration des outils de pilotage pour la définition des objectifs 2050 (75 % de réduction des émissions de gaz a effet de serre): bonus/malus, fiscalité ,prix du carbone.
Le budget carbone fixe un plafond à ne pas dépasser permettant d’esquisser plusieurs scénarios pour atteindre les objectifs fixés par le ministre Nicolas Hulot pour 2040 avec des étapes à 5 ans pour plus de visibilité. Pour le véhicule électrique la volonté de soutien est manifeste et s’est déjà manifestée par le maintien de la prime à 6000 €

Damien Pichereau souligne qu’à l’occasion de la loi sur la mobilité l’on devra regrouper des associations, des constructeurs, des PME,  pour les mettre autour de la table afin de discuter  y compris au local en associant des jeunes qui ne sont pas forcement représentés alors qu’ils sont concernés comme également les représentants du milieu rural. Ce sera notre travail de député de les écouter pour améliorer le projet de loi avec des amendements. Egalement associer les nombreuses PME et Start Up qui se développent dans le secteur.

Claire Depré Pour que le paquet mobilité adopté par l’UE soit mené au bout il faut le prendre à bras le corps et ne pas croire que tout va arriver de Bruxelles, travailler beaucoup plus ensemble à tous les niveaux européen, nationaux, et locaux mais également secteur public et privé.
C’est le consommateur qui va décider c’est lui qui va changer
La France a fait un très bon travail avec sa capacité à organiser la pensée par exemple sur le plan de déploiement des infrastructures de recharge mais ce n’est pas dans tous les pays pareils.
Nous avons besoin de cohérence et de vision nationale plutôt que de petits projets. Il y a tout un débat sur la charge très rapide ou la charge plus lente ; ma conviction c’est que mieux vaut un maillage plus étendu, plus dense plutôt que la toute dernière technologie j’espère que l’industrie s’en occupera aussi et n’attendra pas d’être toujours portée par des fonds publics.
Concernant les infrastructures de recharge la digitalisation dans le secteur des transports doit apporter plus de sécurité pour le consommateur.
La localisation des points de recharge n’a pas vocation à être gérée par la puissance publique, les applications sur nos téléphones se multiplient mais manque de donnees  ou des donnees pas appropriees ou incompletes, statiques, on sait pas l’etat du point de charge , les conditions, le prix . Le prix, le paiement ,  on voit emerger des systemes de paiement de la recharge qui ne sont pas forcement europeens, faudra pas se plaindre dans quelques annees si on n’a pas fait les bons choix . On va lancer des consultations publiques dans quelques semaines et j’espère que vous nous aiderez à avancer là-dessus. Il faut faire en sorte que nous ayons des acteurs européens dans cette filière là car il y a de l’emploi à développer.
Concernant le règlement CO² et les émissions des véhicules,  réduction des émissions de 30% d’ici 2030 avec un palier de 15 % à 2025. On a également introduit des objectifs concernant les flottes de véhicules publics utilisées par les autorités locales ou régionales on y parle beaucoup de bus mais pas uniquement, l’idée étant de faire accélérer la transition énergétique d’ici 2030 avec une étape à 2025 en tenant compte du niveau d’avancement de chaque pays certains étant plus allant que d’autres.

Damien Pichereau  ( également en charge du  paquet mobilité à la commission des affaires européennes de l’Assemblée Nationale ) la commission a planché sur le transport routier de marchandise une régulation du cabotage afin de diminuer la pollution tout en préservant les intérêts des transporteurs routiers nationaux. Concernant le transport poids lourds électrique avec d’une part le lancement du premier poids lourd de Tesla et d’autre part le scepticisme de nos transporteurs on peut craindre de se faire doubler encore une fois sur cette technologie. Sur le véhicule urbain utilitaire et la livraison du dernier kilomètre cette année devrait voir apparaître des choses intéressantes.

Claire Depré : A partir des bonnes pratiques de certaines ville européennes s’est développé le concept de plan de mobilité soutenable pour lequel il n’y a pas besoin de légiférer puisque les décideurs locaux sont les mieux à même de connaitre les « meilleures recettes »  dès lors que l’on leur a apporté l’information leur permettant de cerner le problème.
 Pour les représentants de l’administration, pour le transport des personnes les travaux de la loi sur la transition énergétique sont allés assez loin dans ce domaine en fixant des contraintes dans le renouvellement du parc de véhicules et prennent en compte la disponibilité des ressources d’énergie.
Une étude sur la caractérisation des besoins de recharge est lancée : Il est nécessaire de refaire un point sur les usages et comprendre les besoins de types de bornes : combien et de quelle puissance de charge, où les implanter et au final pour quel coût ? Le coût doit prendre en compte le fonctionnement, ce qui n’a pas toujours été fait, au risque de mettre en péril le déploiement du réseau.

Claire Depré : On a beaucoup parlé de collaboration public-privé mais en fait elle se réduit très souvent à une consommation de l’argent public par le privé suite à une simple réponse à des consultations publiques. Ce n’est pas çà une collaboration public-privé, il va falloir changer de modèle, les plans sont amenés à changer car la transition est un processus constamment évolutif.

Sera évoquée également la génération décentralisée de l’électricité, sur les territoires ruraux notamment, d’accès commodes, et dans des conditions peu chères et variées.
Concernant l'utilisation de l'hydrogène vu les coûts des véhicules et de la production il parait illusoire d'imaginer son utilisation généralisée, elle sera plutôt réservée à des flottes spécifiques  ( taxis, convois de poids lourds, motrices des TER en remplacement du diesel ...)
Concernant la recharge des vehicules L : une mission d'expertise pour la recharge des 2-3 roues est en cours.

Valorisation "dissuasive" de l'avantage en nature lié à l'utilisation du VE d'entreprise: 

Cédric Messier et Alban Gallan: Effectivement c'est un sujet sur lequel on travaille dans le cadre du PLFSS ( financement de la sécurité sociale) depuis 3 ans mais sur lequel on n'a pas abouti, on va remettre le sujet sur la table avec le ministère de la santé dans le cadre de la loi d'orientation sur les mobilités et on espère aboutir. 

Smart-Grids :  

Damien Pichereau : Dans le cadre des complémentarités, comme pour l'utilisation de l'hydrogène dans les transports ferroviaires j'y suis tout à fait favorable et çà doit-être poussé au niveau national. 

Cédric Messier et Alban Gallan: Aujourd'hui en France à cause de notre structure énergétique et sa capacité d'adaptation, ces services ne sont pas monétarisés et donc pas valorisés. Le sujet est donc comment notre réglementation permet cette valorisation économique ? Car la fonction première du VE étant la mobilité, comment monétiser de incitativement le service de stockage électrique du VE et la souplesse qu'il apportera au réseau de distribution ?
C'est un sujet qui concerne le réseau, les véhicules mais également les bâtiments et la directive sur leur performance énergétique, beaucoup d'interlocuteurs ! Heureusement on a un coordonnateur interministériel qui nous aide à piloter tous ces sujets.

Claire Depré : Dans le cadre de la mobilité connectée et autonome on parle beaucoup de sujets qui fâchent et notamment de l'accès aux données des véhicules, car la donnée c'est quelque chose qui prend beaucoup de valeur et la partager n'est pas aussi simple, mais pour rendre l'utilisation plus efficace ce ne serait pas mal de réfléchir à quel type de données , non personnelles,  en provenance du véhicule vous pourriez  avoir besoin pour comprendre la demande, mesurer les impacts et améliorer le service. 

Patrick Oliva : Évoque la sérénité des producteurs et distributeurs d'électricité en France qui disent être en capacité d'absorber 80 à 85 % de la demande générée par l'accroissement du parc de VE  grâce aux smart-grids; il est donc fondamental de s'y mettre.


Bastien Toulemonde (Président du Club des associations régionales de l'Avere-France) :

La batterie est un bien rare et cher aujourd'hui qui a une valeur qu'il est d'autant plus facile de se payer dès lors que l'on est plus nombreux à l'utiliser ensemble. Par exemple:

  • en partageant cette valeur lors des quelques heures pour utiliser la voiture, 
  • durant les nombreuses heures où la voiture n'est pas utilisée pour équilibrer le réseau,
  • mais également en stationnaire en complément de l'autoconsommation pour laquelle on voit grandir l'attente de nos concitoyens et facilitée par l'augmentation des moyens de stockage. 
J'y vois de la création de valeur collective intelligente à faire.
Pour le déploiement des infrastructures de recharge on peut regretter que l'on ait aujourd'hui des visions très locales et qui manquent de vision globale; pourquoi ne pas donner un rôle particulier aux nouvelles régions.

A la question d'un participant qui souhaiterait la mise en place d'un schéma directeur général de la filière électrique, production, transport, déploiement des smart-grids  Marie Castelli annonce qu'une commission de l'AVERE vient de se mettre en place sur ce sujet.

Le coût trop élevé des VE : 

Cédric Messier et Alban Gallan: L'objet du Président de la République et du ministre Hulot est d'arriver de donner l'accès au VE à tous et pas uniquement aux gens qui en ont les moyens y compris aux VE d'occasion, c'est l'objet de l'extension de la prime à la conversion. Elle s'inscrit dans la démarche solidaire de la transition énergétique mais est limitée par les recettes de la taxe sur le malus : 388 M€ pour 2017.
Patrick Oliva : Il ne faut pas accréditer l'idée que le véhicule électrique est forcément cher par nature! Comment faire baisser le prix : 
  • en augmentant la quantité produite
  • beaucoup de véhicules actuels ne sont pas conçus comme des véhicules mais simplement des adaptations de véhicules classiques thermiques,
  • il faut concevoir des véhicules plus légers et gagner sur leur masse
  • optimiser les systèmes embarqués , le chauffage par exemple pour faire diminuer la consommation et ainsi utiliser des batteries plus petites et  donc moins chères.
  • on est au début d'un cycle et il faut que la filière s'organise pour casser se paradigme : électrique = cher !
En réponse à une proposition d'une participante de mettre en place une modulation du bonus en fonction du type de VE :

Damien Pichereau : Concernant l'efficacité énergétique le premier objectif est de le déploiement du VE, il faut d'abord qu'il y ait le plus possible de VE, si on impose plus de contraintes aux constructeurs cela entraîne des coûts en plus et augmenter les difficultés d'acquisition pour les consommateurs, c'est une étape qui devra arriver mais plus tard quand on sera à plus de 25% du marché...
Cédric Messier dans le cadre de l'efficacité énergétique et de la négociation qui s'ouvre avec la commission européenne sur la réglementation des émissions de CO² des véhicules la commission a proposé un système de bonus notamment pour les véhicules électriques qui serait pondéré en fonction de l'efficacité énergétique, envisagé à l'horizon 2030 ...
Patrick Oliva : Je ne suis pas sur qu'après le tout pétrole la solution soit le tout électrique,qu'il y ait une dominante électrique je suis d'accord mais localement on pourra avoir des situations où un gaz vert, un méthane etc.. trouveront leur signification écologique et économique. Même si la dynamique est très favorable à l'électrique n'en faisons pas un monopole ce serait contre-productif. 

Pour finir, Marie Castelli invite  le Préfet Francis Vuibert, Délégué ministériel au développement territorial de l'électromobilité,à conclure la conférence (lien ci-dessous)


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Jean-Claude LE MAIRE
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