samedi 27 septembre 2014

Table ronde sur le véhicule électrique et le stockage de l'électricité

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Le 17 septembre  dans le cadre de la préparation du projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte  s'est tenue à l'Assemblée Nationale, sous la présidence de M. François Brottes, une table ronde sur le véhicule électrique et le stockage de l'électricité, avec la participation de M. Bernard Bigot, administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Mme Marie Castelli, secrétaire générale de AVERE France, M. Jean-Christophe Béziat, directeur des relations institutionnelles pour l’Innovation, l’environnement et la mobilité de Renault et M. Adamo Screnci, vice-président exécutif de McPhy Energy.

La retranscription écrite de cette table ronde est disponible en cliquant ICI<

Ils ont dit :
M. Bernard Bigot, (CEA) : "... Le CEA a récemment démontré que l’autoconsommation pour une installation de panneaux photovoltaïques située en Corse peut passer de 30 % sans stockage à 65 % avec
une capacité raisonnable de stockage. La représentation nationale et les acteurs du secteur des énergies renouvelables doivent prendre conscience que la maturité des progrès technologiques autorise un couplage étroit entre stockage et production intermittente...
...Il n’est ainsi pas judicieux de recharger systématiquement en totalité sa batterie si l’on peut se contenter de la moitié de sa capacité. La gestion de la batterie rend celle-ci plus performante...
...Le prix d’une batterie a été divisé par deux depuis 2010. De même, pour les piles à combustible, sont actuellement mis au point des matériaux susceptibles de se substituer à certains matériaux rares et coûteux qui entrent dans leur composition.
...Il faut prendre en compte la distance maximale que peut parcourir le véhicule électrique sans être rechargé, mais 85 % des déplacements quotidiens de nos concitoyens ne dépassent pas 100 kilomètres. Le véhicule électrique ne constitue pas la réponse à tous les besoins ; sa diffusion doit peut-être s’accompagner d’une évolution comportementale et organisationnelle. Le partage du véhicule électrique pourrait être, à l’échelle du territoire, un complément aux voitures de plus longue portée. Il est également possible de combiner le véhicule électrique avec batterie et celui avec stockage hydrogène ; on peut imaginer utiliser la batterie pour un trajet de 100 kilomètres et la réserve d’hydrogène pour un parcours de 600 kilomètres – les valises prendraient alors la place de la batterie...
... Tout dépend des objectifs de la loi. J’ai cru comprendre que le texte souhaitait réduire la consommation d’énergies fossiles et améliorer la balance économique. Je ne vois donc ni l’intérêt du GPL à grande échelle ni la possibilité de recycler un moteur thermique vers de l’hydrogène ou de l’électrique...

Mme Marie Castelli, AVERE France : "...À l’argument d’un marché du véhicule électrique balbutiant, on peut opposer que celui-ci connaît un dynamisme inégalé aujourd’hui dans l’automobile. Depuis la commercialisation des premiers véhicules en 2010, le marché a connu une croissance exponentielle chaque année, le nombre de véhicules immatriculés passant de 980 en 2011 à 13 954 en 2013. Ces chiffres paraissent marginaux par rapport aux deux millions de véhicules vendus, mais ils traduisent un dynamisme encourageant pour une révolution technologique. Les volumes de vente sont vingt fois supérieurs sur les premières années à ceux de la technologie hybride. Le marché des infrastructures connaît un développement similaire : le maillage territorial progresse, que ce soit pour les bornes publiques ou privées. Ces dernières constituent un enjeu fondamental puisque 90 % de la recharge a lieu à domicile ou sur le lieu de travail. "

Il ressort d’une étude réalisée avec Ipsos sur la perception de la mobilité électrique par les Français que les véhicules électriques bénéficient d’une image positive sur le plan écologique. En revanche, il y a une véritable méconnaissance du coût, des modalités de recharge et des dispositifs d’incitation. Une campagne de communication et de pédagogie serait nécessaire pour accompagner le développement de la mobilité électrique en France...
Enfin, certains véhicules sont oubliés dans le projet de loi : les véhicules légers de petite taille – deux-roues, tricycles, quadricycles. C’est regrettable quand on connaît la part que prennent à la pollution les deux-roues dans les centres urbains. Il pourrait être intéressant d’étendre les primes envisagées à ce type de véhicules...
...La moyenne de déplacement quotidien des Français est de 31 kilomètres ; or un véhicule électrique possède une autonomie comprise entre 150 et 200 kilomètres selon la façon dont il est conduit. Il répond donc aux besoins des trajets pendulaires de la plupart de nos concitoyens, même s’il ne correspond pas à tous les usages. Il convient d’installer un réseau de bornes de recharge rapide – de dimension limitée dans un premier temps – sur les grands axes routiers, afin d’étendre les capacités du véhicule électrique, et d’atteindre un mixénergétique dans les transports...
Par ailleurs, je m’inscris en faux contre l’idée reçue que la voiture électrique est un véhicule urbain. Certes, elle répond à la question de la pollution en ville, mais elle est également adaptée dans les zones rurales et périurbaines ; d’ailleurs, c’est dans des villes de moins de 50 000 habitants que se fait la majorité des ventes aux particuliers. L’autonomie de ces véhicules, qui permet d’effectuer les trajets pendulaires, et l’habitat en maison individuelle où il est facile de recharger les voitures donnent toute sa pertinence à ce choix, d’autant que les pompes à essence se raréfient en zone rurale. En outre, avec une moyenne de déplacement de 38 kilomètres en zone rurale, contre18 kilomètres en ville, l’économie réalisée avec un véhicule électrique y est plus importante puisque, au regard du coût du plein – qui avoisine les deux euros pour 100 kilomètres –, elle s’accroît à chaque kilomètre parcouru par rapport au véhicule thermique.
Plutôt que de songer à réserver des places aux véhicules électriques, il convient de leur ménager des lieux pour les recharger, notamment dans les centres urbains où les gens vivent dans des immeubles et ne disposent pas de parking.

M. Jean-Christophe Béziat, Renault : "... Renault a commercialisé 45 000 véhicules. L’alliance avec son partenaire Nissan est leader mondial avec environ 180 000 véhicules vendus. En France, Zoe, véhicule produit à Flins, est également leader avec 50 % de parts de marché.
Le véhicule électrique est aussi une façon de repenser la mobilité des personnes et des biens, et de réinventer des interfaces avec d’autres systèmes de mobilité urbains. Renault a annoncé la semaine dernière un partenariat avec Bolloré pour participer au service d’autopartage développé par celui-ci...

S’agissant des mesures du titre III, l’intégration de véhicules électriques dans les flottes de l’État et des collectivités territoriales est très importante, car elle renforce la familiarisation du public avec ces véhicules. Ces derniers ne sont plus une bizarrerie dans le paysage quotidien, mais une alternative crédible.
Le véhicule électrique, lorsqu’il est en charge, peut constituer un élément régulateur du réseau électrique, vis-à-vis de la production intermittente notamment. On peut également remployer les batteries issues de véhicules électriques en fin de vie pour les utiliser en stationnaire. Renault et Bouygues ont signé un partenariat qui vise à démontrer la faisabilité du réemploi de batteries pour stocker l’énergie produite par un bâtiment à partir du photovoltaïque et réguler l’énergie du bâtiment. On parle de smart building. Une expérimentation doit démarrer prochainement au siège de Bouygues à Saint-Quentin-en-Yvelines.
Renault vient d’annoncer un partenariat avec le groupe Bolloré, qui nous confiera le développement d’un véhicule de trois places..."

M. Adamo Screnci, McPhy Energy: "...Je retiens de nombreux éléments positifs dans le projet de loi sur la transition énergétique, des signes d’ouverture et de changement. Je cite pêle-mêle : « consommer mieux et moins » – si la première économie, c’est l’énergie non consommée, on peut aussi essayer d’utiliser l’énergie qui est produite mais non employée ; « produire autrement, localement », telle est bien notre idée ; « favoriser le développement des énergies renouvelables », chacun sait que le stockage en est indissociable ; enfin, « améliorer l’air, notre environnement, la qualité de la vie », c’est notre ADN.

Pour parvenir à ces objectifs, l’hydrogène peut jouer un rôle ; il n’est pas la solution mais il est un outil complémentaire. Le véhicule à hydrogène est aussi un véhicule électrique – avec une plus grande autonomie, une autre architecture, moins de batteries – qui répond à un autre besoin. Avec un véhicule électrique standard, il est difficile de faire Paris-Lyon ; avec un véhicule à hydrogène, on peut parcourir 600 kilomètres en ayant fait, en trois minutes, un plein qui coûte 50 euros. Nous en avons un en Allemagne, que nous utilisons tous les jours.
L’hydrogène est plus un vecteur d’énergie qu’une énergie. Il permet de faire le lien entre différentes sources d’énergie, c’est là sa force. Il rend possible le dialogue entre les réseaux d’électricité, de gaz et de pétrole ainsi que l’intégration des énergies renouvelables et du nucléaire fatal, la mobilité décarbonée et la réduction de l’empreinte carbone du gaz naturel. En cela, il est intéressant pour l’indépendance énergétique.
À court terme, il est important que les pouvoirs publics consolident une filière naissante animée par de petits acteurs. Nous avons démontré la technologie – que nous vendons à l’étranger –, des compétences et des capacités à gérer ce développement en toute sécurité. À long terme, il s’agit de sécuriser les grands industriels. McPhy atteint ses limites : pour des installations qui coûtent des dizaines, voire des centaines de millions d’euros, l’association avec de gros acteurs de l’énergie français est indispensable. Les grands industriels doivent prendre le relais pour permettre le déploiement national, avec la mise en place de projets locaux, créateurs d’emplois, avant d’aller à l’international.
...La voiture Hyundai ix-35 présente un grand agrément de conduite, une forte puissance – de 100 kilowatts –, une autonomie de 600 kilomètres et une durée pour faire le plein qui n’excède pas trois minutes ; elle offre donc le même service que celui offert par un véhicule diesel, l’agrément de conduite en plus et l’émission de CO2 en moins. Hyundai produit quelques milliers de véhicules à hydrogène par an ; en Californie, la ix-35 coûte 30 000 dollars ou 3 000 dollars puis 500 dollars par mois, plein compris. Cette offre s’avère très compétitive, même si elle bénéficie d’un bonus écologique et d’un crédit d’impôt comme en France. La Toyota qui sera mise sur le marché en 2015 sera vendue 50 000 dollars ; il s’agira d’un véhicule haut de gamme, disposant d’une autonomie de 600 kilomètres, de la climatisation, de la radio, des vitres électriques et qui roulera à 150 kilomètres heure. 
Le marché de l’automobile va se séparer : ceux qui font le plein tous les trois mois n’auront pas besoin de ce type de véhicule, mais ceux qui effectuent de fréquents trajets intercités, comme en Allemagne, seront intéressés par cette offre de véhicules à hydrogène..."
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