dimanche 5 avril 2015

Le scénario escamoté d’une France « 100 % énergies renouvelables » (Le Monde)

Extrait d'un article à lire sur LE MONDE Energie du 04.04.15 


L'Ademe devait dévoiler un scénario « 100 % énergies renouvelables », traçant la voie vers un bouquet électrique intégralement composé de ressources « vertes » à l’horizon 2050.MAX ROSSI / REUTERS

L'Ademe devait dévoiler un scénario « 100 % énergies renouvelables », traçant la voie vers un bouquet électrique intégralement composé de ressources « vertes » à l’horizon 2050.
Ce devait être le clou d’un colloque organisé, les 14 et 15 avril à Paris, par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). L’établissement public, placé sous la double tutelle des ministères de l’écologie et de la recherche, devait y dévoiler un scénario « 100 % énergies renouvelables », traçant la voie vers un bouquet électrique intégralement composé de ressources « vertes » à l’horizon 2050. L’Ademe l’avait elle-même annoncé en fanfare au début de l’année : « Le point d’orgue de ce colloque est la présentation d’une étude inédite qui fournit les pistes pour une production d’électricité 100 % renouvelable. »
Las, la présentation a disparu du programme des deux journées, sobrement intitulées : « Les énergies renouvelables dans le mix électrique français ». Toute mention d’un scénario « 100 % vert » a disparu. Que s’est-il passé ? Interrogée par Le Monde, l’agence explique que l’étude n’est pas encore finalisée. Il faut « consolider certains points, mener des vérifications supplémentaires, confronter les hypothèses avec les professionnels du secteur, intégrer davantage de paramètres, affiner les implications économiques et technologiques… » Bref, il serait prématuré de divulguer des conclusions qui « comporteraient des manques et ne seraient pas à 100 % fiables », sur un sujet « très sensible ».
Sensible, et même explosif, le dossier l’est assurément. Ce serait même, pensent certaines ONG, la raison de la déprogrammation du brûlot. Imaginer un mix électrique entièrement renouvelable – donc sans nucléaire – revêt un caractère iconoclaste, dans un pays où l’atome en représente aujourd’hui les trois quarts. Alors que la réduction de la part du nucléaire à 50 % en 2025, inscrite dans le projet de loi de transition énergétique qui doit être adopté avant l’été, est farouchement combattue par la droite à l’Assemblée nationale et au Sénat – et en coulisses par les électriciens et certains syndicats du secteur de l’énergie –, rendre public un tel scénario n’aurait pu que jeter de l’huile sur le feu.

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