mercredi 22 octobre 2014

Oui la Voiture électrique peut être un vecteur du développement de l’autonomie énergétique.


Le témoignage de Michel et Andrée Gazeau, pionniers de l’énergie photovoltaïque, que nous publions, en ces temps de débats parlementaires sur la loi de transition énergétique, vient à point nommé pour étayer l’argumentation en faveur du développement de la voiture électrique et de sa contribution possible au développement des énergies renouvelables.


PAVE : Qu’est ce qui a déclenché votre passage à la voiture électrique ?

Michel Gazeau: 
Nous travaillons sur les maisons à haute qualité environnementale depuis les années 70 et selon nos convictions spirituelles, pour le respect de la Création et des générations futures. Notre première installation photovoltaïque a été connectée au réseau en 1999. Notre dernière réalisation, à Lourdes, a pour objectif de construire une maison à énergie positive qui produise également l'énergie nécessaire à nos déplacements.

Notre maison solaire est super-isolée et équipée de volets intérieurs très isolants. Elle est équipée de 10 m² de capteurs solaires thermiques. Construite en 2010 elle consomme en moyenne 1 m3 de bois par an en chauffage d'appoint, chauffage de l'eau chaude compris. Elle est équipée d'un auvent photo-voltaïque qui protège la maison des surchauffes en été. Sa production couvre nos besoins domestiques, nos déplacements et compense l'énergie bois d'appoint. La maison est entièrement auto-construite, y compris les capteurs solaires thermiques.
L’installation photovoltaïque qui équipe notre maison depuis 1999 produisant plus d’électricité que nous n’en consommions, nous nous sommes rapidement demandé pourquoi ne nous en servirions nous pas pour recharger une voiture électrique.

Les lecteurs qui désirent en savoir plus sur la démarche de Michel et Andrée peuvent consulter leur site

PAVE : En 2012 l’offre VE était certainement moins large qu’aujourd’hui ?


Michel Gazeau : En effet, en août 2012 quelques mois avant la sortie de la Zoé, Peugeot a décidé de déstocker ses voitures électriques ION et les a bradées en baissant les prix jusqu’à 11.000 €, - de quoi s’interroger sur le coût réel des voitures électriques... - au lieu des 23.000 € prix catalogue, batteries comprises ;  sous l’afflux des demandes les prix sont remontés et nous avons acheté notre ION en Septembre pour 15.000 €, prime déduite. En fait c’est une Mitsubishi MiEv légèrement modifiée par Peugeot.

Nous n’avons pas attendu la sortie de la Zoé qui nous obligeait à louer les batteries. Nous avons aussi écarté le choix de la Nissan Leaf car à l’époque son autonomie était de 130km comme la ION, mais pour un prix de 30.000€.
Nous cherchions aussi le véhicule électrique le plus simple avec le moteur le moins puissant pour minimiser notre consommation énergétique en déplacement.

PAVE : Comment avez-vous conçu votre installation ?

Michel Gazeau : 
Pour la recharge normale il faut compter 6 ou 7 heures sur une prise normale . Nous avons installé une prise normale 16 A à l’extérieur de notre maison. Une recharge complète nous coûte 1,70 €. La prise est reliée directement au tableau électrique de notre maison et protégée par un disjoncteur spécifique 10 A dédié.

PAVE : Vous l’avez mise à disposition de la communauté des « électromobilistes » puisqu’on la retrouve sur ChargeMap ?

Michel Gazeau : Oui depuis un an mais nous n'avons jamais eu de demande...
A l’usage nous avons constaté un défaut de la Peugeot ION : sa charge accélérée est limitée à 16 A. Ce qui veut dire que, quand elle est déchargée complètement, il lui faut encore plus de 4 heures en charge "accélérée" ce qui ne présente aucun intérêt. De plus, il faut acheter un câble de raccordement spécial vendu par Peugeot 480 €(pour 5m de câble et 2 prises électriques, cherchez l'erreur !!! - voir nos interrogations sur sur le coût réel des voitures électriques)..
La ION est aussi équipée d’une seconde prise Chademo, dédiée à la recharge rapide, qui permet de recharger 80% de la batterie en 30 minutes. Mais c’est le problème principal des voitures électriques : il est très rare de trouver une borne de recharge rapide.

PAVE : C’est en effet une des raisons de notre engagement par ce blog mais que nous avions également souligné auprès des responsables du SDE 65 lors de la réunion de Juillet à Tarbes.  

Michel Gazeau : Il nous tarde qu’ils passent à l’acte car depuis 2 ans nous n’avons jamais pu faire une recharge rapide, faute de telles bornes dans notre région. L’agence Nissan de Pau (à 50 km) vient d’en mettre une en service (été 2014). Mais c’est sans intérêt pour nous car il faudrait trouver de telles bornes à 100 km de notre domicile, avec un maillage de 100 km maximum entre les bornes.

PAVE : C’est en effet grâce à la borne de Nissan à Pau-Lescar que nous, gersois, avons pu faire le comparatif Leaf 1/Leaf 2 ce qui illustre en effet la nécessité d’une coordination régionale et nationale du développement du réseau pour obtenir un maillage d’une borne de recharge rapide tous les 50 km, nécessaire à une réelle mobilité électrique à l’échelon régional. 

Michel Gazeau : En 2012, quand nous avons acheté notre voiture, le concessionnaire Peugeot promettait un déploiement rapide de bornes de recharges en France, mais rien n’a été fait. Il n’y a eu aucune volonté politique de le faire.
Depuis 2 ans, pour faire du tourisme, nous avons résolu ce problème en faisant le soir étape dans un hôtel qui accepte que nous rechargions pendant la nuit (sur une prise normale). A cette question que nous posons aux hôteliers, souvent pour la première fois, ils ont répondu favorablement et l'ont toujours fait gratuitement...Il faut noter que, quelque soit l'installation électrique sur laquelle nous nous sommes branchés, il n'y a jamais eu de problème. Pas besoin de wallbox.

PAVE : Depuis l’été 2014 une loi a été votée, complétée dans le débat sur la transition énergétique pour accélérer le déploiement, à Tarbes des bornes accélérées ont été implantées, et la concession Nissan a prévu l’installation d’une borne rapide lors de son déménagement à Tarbes-Ibos.

Michel Gazeau : Oui, mais parallèlement une campagne contre les voitures électriques semble se dessiner. L’argument principal des adversaires concerne la production de l’énergie électrique qui nécessiterait de nouvelles tranches de centrales nucléaires ou de nouvelles centrales à gaz.
Notre expérience démontre que c’est absolument faux. Qu’est-ce qui empêche d’exiger que chaque nouveau logement soit équipé d’une production d’énergie correspondant aux besoins de l’habitat et des déplacements (production localisée ou délocalisée)?
Dans notre cas, l’installation sur notre maison nous a coûté 8.000 € et nous rapporte chaque année 1.800 €. Sur les 12 ans d’amortissement de notre voiture électrique, cela représente près de 22 000€ soit l’équivalent de la totalité des coûts d’achat de la centrale et de la voiture électrique...
Même si le propriétaire n’avait pas les moyens financiers de faire lui-même cet investissement, la collectivité pourrait le faire et se faire ensuite rembourser par l’acquéreur. Ne serait-ce que financièrement, c'est un très bon placement.

PAVE : C’est exactement le sens des propositions que nous avons faites dans le cadre de la préparation de la loi sur la transition énergétique. PAVE vous remercie de ce témoignage très concret et probant sur les enjeux et les solutions possibles pour cette incontournable transition énergétique. Merci également d’apporter par l’exemple la contradiction aux « pourfendeurs » de la mobilité électrique.

En conclusion quels vœux formulez vous ?

Michel Gazeau : Quand nous avons acheté notre voiture électrique, nous avons évalué son rayon d’action. Il correspond à 90% de nos déplacements. Avoir une plus grande autonomie nécessiterait, dans l’état des technologies actuelles, d’alourdir considérablement la voiture, donc son efficacité énergétique. Cette efficacité est en effet inversement proportionnelle au poids du véhicule. Il est donc beaucoup plus économique pour la collectivité de construire un réseau de recharge rapide avec un maillage serré plutôt que d’en faire supporter le coût à chaque véhicule.
On le voit ici clairement, il s’agit ici uniquement d’une affaire de volonté politique face à la puissance de lobbies.
Un second vœu : pouvoir connecter la batterie de notre voiture au réseau. En effet, avec l'installation photovoltaïque nous disposons déjà de l'onduleur (qui permet de transformer le courant continu des panneaux solaires en courant alternatif 220 V du réseau) ainsi que du compteur de vente. Il suffirait d'une prise intelligente pour que notre voiture puisse injecter du courant sur le réseau au moment des pics de consommation. Entre 19 h et 22 h c'est très rare que nous utilisions notre voiture. Si ce modèle se généralisait, associé à la consommation très réduite des maisons à énergie positive, ce dispositif éviterait de mettre en service des centrales thermiques.
Un million de voitures (sur plus de 30 million en France actuellement) débitant 2 kW sur le réseau correspond à 2 000 GW, soit environ 2 réacteurs nucléaires. Une norme européenne devrait imposer aux constructeurs et aux gestionnaires d'énergie électrique un protocole standard de mise en réseau.

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